Les bonnes idées de l’école maternelle

À l’école maternelle, le programme est plutôt chargé ! Il suffit de jeter un œil sur le site du ministère de l’Éducation nationale pour s’en convaincre.
La mission principale des enseignants ? « Donner envie aux enfants d’aller à l’école pour apprendre, affirmer et épanouir leur personnalité. »
Il en faut, des idées de génie, pour relever ce grand défi ! Toupie vous en présente quelques-unes et les soumet à Jocelyne Guégano, conseillère pédagogique maternelle, pour mieux comprendre tous les bienfaits de ces initiatives…

maternelle

© Juliette Boulard

 

  • La Grande Lessive

 

Qu’est-ce que c’est ?

Créée en 2006 par la plasticienne Joëlle Gonthier, la Grande Lessive est une manifestation culturelle qui met de l’animation dans les lieux publics, deux fois par an, en mars et en octobre. Le principe ? Accrocher, avec des pinces à linge, des réalisations en 2D (dessins, peintures, collages, photos, etc.) à une grande corde, pour que chacun puisse les admirer en plein air. Plusieurs millions de personnes de tous âges et de toutes conditions y ont déjà pris part dans 106 pays. On retrouve la Grande Lessive dans les mairies, les musées, les bibliothèques, les hôpitaux, les maisons de retraite, les entreprises, les rues et également dans… les écoles ! De nombreux enseignants de maternelle et de primaire font en effet régulièrement participer leur classe à cet événement original, pour le bonheur des petits et de leurs parents.

 

En quoi est-ce une bonne idée ?

Jocelyne Guégano : « La Grande Lessive n’est pas une exposition, où les élèves seraient dans la performance. Il s’agit plutôt d’un prétexte pour échanger avec les autres : il s’agit de regarder, de donner à voir, de partager… L’important est de participer ! Ce qui est particulièrement intéressant dans la démarche de la Grande Lessive, c’est qu’elle permet à l’enfant de maternelle de s’inscrire dans une pratique culturelle qui dépasse le cadre de l’école. Parce qu’il existe aussi en dehors de l’école, cet évènement intègre l’enfant dans une communauté structurée par des codes sociaux. C’est une première façon de faire partie de la société. Participer à la Grande Lessive est donc un acte fort, dont la dimension sociale est au moins aussi importante pour l’enfant que sa dimension artistique. »

 

 

  • Les rencontres USEP

 

Qu’est-ce que c’est ?

L’USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré) propose aux enfants des activités sportives hors temps scolaire, mais accompagne aussi les enseignants de maternelle et de primaire dans l’organisation de rencontres sportives interclasses, dans leur école ou avec d’autres écoles. Au programme, pendant toute une après-midi : des jeux d’opposition ou de ballon, des courses, des relais, de la danse, du cirque ou encore des parcours de gym. Pour les enfants, c’est l’occasion de faire du sport, de développer leur sens de l’effort mais aussi, surtout, de partager un moment convivial avec d’autres élèves, parfois d’âges différents.

 

En quoi est-ce une bonne idée ?

Jocelyne Guégano : « L’objectif des rencontres USEP, pour les maternelles, est avant tout de s’engager et de rencontrer l’autre, en se confrontant à lui, en coopérant et en jouant avec lui lors des activités sportives proposées. Ces rencontres présentent le même intérêt que la Grande Lessive : ce sont des actions qui permettent de s’inscrire dans une pratique sociale existant par ailleurs dans la société. L’enfant peut en discuter avec ses copains ou sa famille, et se rendre compte qu’eux aussi sont concernés par le sujet du sport. C’est un autre moyen pour lui de s’intégrer dans une communauté et de développer du lien social. »

 

 

  • Le banc de l’amitié

 

Qu’est-ce que c’est ?

En décembre 2015, l’AGEEM (Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques) a invité toutes les écoles maternelles à inaugurer un banc de l’amitié dans leur cour de récréation. Cette initiative, inspirée d’écoles allemandes et canadiennes, évite aux élèves de se retrouver seul à la récré. En effet, lorsqu’un enfant ne trouve pas de copains pour jouer avec lui, il peut aller s’asseoir sur le banc de l’amitié. C’est un signal : les autres savent que leur camarade se sent isolé et ceux qui le souhaitent peuvent venir lui proposer de partager un jeu avec eux.

 

En quoi est-ce une bonne idée ?

Jocelyne Guégano : « Un enfant a besoin de relations avec ses camarades, pour bien grandir et pour s’épanouir à l’école. Se trouver en dehors du groupe est très anxiogène pour lui, comme pour tout individu. Il est démuni et ne sait pas comment retrouver sa place parmi les autres. Le banc de l’amitié lui offre une modalité pour dire qu’il voudrait revenir au sein du groupe. Mais c’est surtout le discours que l’enseignant aura à propos du banc de l’amitié qui est intéressant. En effet, il conduit les enfants de l’école à réfléchir au vivre-ensemble et à leurs relations avec les autres. En définissant les règles de l’utilisation du banc à l’intérieur de l’école, les enseignants créent une dynamique auprès des élèves. Ils leur apprennent l’empathie et le respect d’autrui. »

Comment faire un banc de l’amitié ?

 

 

  • Les débats en classe

 

Qu’est-ce que c’est ?

Nombreux sont les enseignants qui organisent de petits débats dans leur classe de maternelle. Ils incitent ainsi les enfants à réfléchir par eux-mêmes et à parler ensemble de problèmes de la vie quotidienne, qu’ils peuvent rencontrer à l’école ou à l’extérieur. Certains enseignants (ayant par exemple une formation en philosophie ou invitant des spécialistes dans leur classe) vont plus loin, en moyenne et en grande sections, avec des « ateliers philo ». C’est, par exemple, ce qu’a fait l’équipe pédagogique de l’école Jacques-Prévert à Le Mée-sur-Seine, dans le documentaire Ce n’est qu’un début. L’enseignant réunit ses élèves et lance un sujet : « Qu’est-ce qu’un ami ? », « Qu’est-ce qui nous rend heureux ? ». Les élèves sont alors invités à s’exprimer librement, à s’écouter, à se répondre sans se juger, de manière attentive et respectueuse.

 

En quoi est-ce une bonne idée ?

Jocelyne Guégano : « Ce qui est intéressant, c’est moins l’idée de philosophie que celle de débat et de discussion. Grâce à ces petits débats organisés en classe, les enfants apprennent à communiquer et à participer à un échange collectif, où la parole circule et où les propos des enfants s’articulent les uns avec les autres. L’oral est un apprentissage fondamental en maternelle, qu’il faut beaucoup pratiquer. Ce n’est pourtant pas toujours facile pour les enseignants de faire parler tous les élèves, surtout quand ils sont très jeunes. Ces débats les aident souvent à rentrer dans ces pratiques et à inciter les enfants à prendre la parole. »

 

 

  • Les défis « sciences »

 

Qu’est-ce que c’est ?

Certains enseignants de maternelle ont eu la bonne idée de lancer des défis à leur classe, voire même à leur école tout entière. L’idée est de proposer aux enfants de résoudre un problème ou de réaliser une construction ensemble, en faisant durer la réflexion tout au long de la période scolaire. Ils peuvent demander aux enfants, par exemple, de construire un pont entre deux tables, en mettant à leur disposition des Kapla, du papier, de la pâte à modeler, etc. À eux de faire des propositions, des essais, et de réfléchir en groupe pour atteindre l’objectif !

 

En quoi est-ce une bonne idée ?

Jocelyne Guégano : « Tout l’intérêt de ce type de projet est de pousser les enfants à réfléchir par tâtonnement. Ils vont devoir communiquer entre eux, se regarder faire, rebondir sur les idées des autres, recommencer plusieurs fois avant d’atteindre l’objectif commun. C’est le groupe, et non pas un seul enfant, qui va finalement apporter la bonne réponse. Cette réflexion amène la classe, ou l’école, à former une communauté d’apprentissage, qui peut même dépasser le cadre de l’école. Effectivement, les enfants vont parler du défi à leur famille et, inversement, ils vont par exemple parler des idées de leur papa bricoleur en classe. Ainsi, l’école devient poreuse : c’est-à-dire qu’elle s’ouvre sur l’extérieur et l’intègre. C’est essentiel pour que les enfants puissent réaliser tout un pan du programme de maternelle, intitulé ‘explorer le monde’. »

 

 

Les enseignants de maternelle redoublent d’inventivité pour faire de l’école un lieu où les enfants découvrent le monde, communiquent avec les autres et apprennent le vivre-ensemble.
D’ailleurs, notre liste est loin d’être exhaustive : les ateliers de jardinage et de cuisine, les visites au musée ou à la ferme pédagogique, les courses d’orientation, etc. sont d’autres pistes très intéressantes, mises en œuvre dans de nombreuses écoles maternelles.

À vous maintenant, parents et enseignants, de partager ces bonnes idées et de présenter les vôtres, sur notre page Facebook !

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