Difficultés d’endormissement : que faire ?

Pour la septième fois de la soirée, votre enfant vient de se relever : après le troisième passage aux toilettes, le verre d’eau, le pied qui gratte et la couette débordée, cette fois-ci, c’est le doudou qui s’est égaré… Stop ! Mais pourquoi votre enfant ne veut-il pas dormir ? Comment réagir et l’accompagner vers le sommeil ? Réponses avec Marie-Josèphe Challamel, pédiatre et spécialiste du sommeil de l’enfant.

Pourquoi certains enfants n’arrivent-ils pas à s’endormir ?

Marie-Josèphe Challamel : Les rythmes de coucher et de lever trop irréguliers d’un jour à l’autre sont l’une des premières causes de difficulté à s’endormir chez les enfants de 3 à 6 ans. Ce sont, en particulier, les couchers et les levers tardifs le week-end, qui ont tendance à décaler l’endormissement. Le lundi soir, l’enfant ne trouve pas le sommeil et cela va alors se répercuter sur toute de la semaine. Mais il peut y avoir d’autres causes : une sieste trop longue ou trop tardive qui va elle aussi décaler le sommeil, la peur de faire des cauchemars, une activité trop excitante juste avant le coucher… Et puis, tout simplement, certains enfants sont de courts dormeurs. Dans ce cas, s’ils sont couchés trop tôt par rapport à leur heure d’endormissement, ils auront tendance à associer leur lit au fait d’être réveillés, et trouveront donc difficilement le sommeil. En revanche, tandis que les enfants qui décalent leur sommeil ont beaucoup de mal à émerger le matin, un court dormeur, lui, se réveillera facilement.

Que faire si le sommeil de son enfant est décalé ?

M.-J. C. : Il faut essayer de le « recaler », progressivement. Mais dans un premier temps, il vaut mieux le coucher à l’heure à laquelle il est toujours endormi, de façon à ce qu’il associe son lit au fait de dormir. Car plus tôt on couche un enfant qui n’a pas sommeil, plus il s’endormira tard. Au bout de dix ou quinze minutes, il risque de s’inquiéter, de se lever, de réclamer un verre d’eau, etc. Et puis, il est important que les rythmes, surtout de lever, soient très réguliers, sans gros changement entre les jours scolaires et les jours de repos. C’est pour cette raison que nous, spécialistes du sommeil de l’enfant, préférons la semaine de quatre jours et demi. Cela permet à l’enfant de garder un rythme régulier tout au long de la semaine, et donc d’éviter de décaler son sommeil.

Comment réagir face à un enfant qui refuse de s’endormir ou de dormir seul ?

M.-J. C. : En général, ce sont des enfants qui, depuis la période néonatale, ne se sont jamais endormis sans un biberon, des caresses, ou en tenant la main de Papa ou de Maman… Si la situation ne convient pas aux parents et qu’ils ne font pas preuve d’un peu de fermeté, cela risque de se prolonger. Une prise en charge comportementale peut permettre d’apprendre ou de réapprendre à l’enfant à s’endormir seul. Dans un premier temps, il s’agit de poser les choses, d’expliquer : « À partir de ce soir, une fois que l’on se sera dit “bonne nuit”, tu vas dormir seul, dans ta chambre, dans ton lit ». Ensuite, si l’enfant se relève, on maintient la porte fermée (pas à clé !), en le laissant pleurer cinq minutes. Puis on le remet au lit et, si il y reste, on laisse la porte ouverte. Et l’on recommence autant de fois que nécessaire, en le laissant pleurer un petit peu plus à chaque fois, jusqu’à ce qu’il s’endorme, dans sa chambre, dans son lit. Pour un enfant qui ne s’endort que dans le lit de ses parents, il faut expliquer que le lit de Papa et de Maman n’est pas pour les enfants, mais pour les parents. Il faudra le ramener systématiquement dans sa chambre… huit fois, neuf fois, dix fois peut-être, avant d’arriver à ses fins !

Y a-t-il des astuces pour faciliter l’endormissement de son enfant ?

M.-J. C. : On évite les écrans, qui stimulent le centre de l’éveil, ou les boissons excitantes juste avant de dormir. Si possible, il est conseillé de faire dormir son enfant plutôt dans le noir, propice au sommeil. Si l’enfant est rassuré par une veilleuse ou une autre source de lumière, elle ne doit pas dépasser une puissance de quarante watts, au risque de gêner l’endormissement. Enfin, le rituel du coucher est toujours important, même pour les plus grands : c’est un moment de retour au calme, avec Papa ou Maman, pendant lequel on lit une histoire, on se raconte ce que l’on a fait dans la journée et ce que l’on fera le lendemain, avant de se dire au revoir, juste pour la nuit.

Propos recueillis par Delphine Soury

Cauchemar ou terreur nocturne ?

Le cauchemar est un mauvais rêve qui a généralement lieu après minuit, souvent entre 2 et 6 heures du matin. Quand les parents arrivent dans la chambre, l’enfant est réveillé et peut parler de ce dont il a rêvé. Le lendemain, il s’en souvient toujours, ce qui peut générer une anxiété pour la nuit suivante, par peur que le cauchemar ne se reproduise. Il est donc important de parler de ce cauchemar avec l’enfant et de lui expliquer que tout le monde en fait.

La terreur nocturne se manifeste au cours du sommeil lent profond, en début de nuit. Le système neurovégétatif (cris, transpiration, peur, accélération du rythme cardiaque et de la respiration) est activé, mais le cerveau de l’enfant reste en sommeil lent profond. Quand les parents arrivent dans la chambre, ils voient un enfant hurlant, qui a l’air d’avoir très peur. Pourtant, il ne ressent rien et ne s’en souvient pas le lendemain. Il ne faut pas réveiller un enfant qui fait une terreur nocturne, au risque de décupler la sensation qu’elle engendre.

Et si c’était physiologique ?

Le symptôme d’apnée du sommeil dû à de grosses amygdales, est le plus fréquent chez les enfants de 3 à 6 ans. Les enfants atteints de ce trouble ronflent, dorment la bouche ouverte, ont un sommeil agité et ont aussi parfois des difficultés à s’endormir.

 

Publié le