Jouer et apprendre : un duo gagnant !

Le 20 novembre, c’est la Journée internationale des droits de l’enfant. Parmi les droits fondamentaux de la convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) apparaissent le droit d’apprendre et celui de jouer. Le lieu privilégié pour faire valoir ces droits ? L’école, évidemment ! Jocelyne Guégano, conseillère pédagogique avec une mission départementale sur la maternelle (Haute-Garonne), nous éclaire sur le lien entre le jeu et l’apprentissage.

Quel est le rôle du jeu dans le projet éducatif proposé par l’école ?

Jocelyne Guégano : Le jeu permet à l’enfant d’entrer dans une culture. En effet, parmi les jeux libres de l’école maternelle, on trouve des coins dînette, des coins poupées, des coins garage, etc. Ces jeux d’imitation aident l’enfant à s’approprier des codes sociaux. Ils sont structurants dans la mesure où l’enfant interprète des rôles différents : il peut passer du papa à la maman, du grand frère à la petite sœur. De même, quand, en EPS, l’enfant joue au « chasseur et au voleur », il est tour à tour attaquant et défenseur. Par ce biais, il grandit et trouve sa place en communiquant avec les autres. L’enseignant doit toutefois rester vigilant : il doit veiller, par exemple, à ce que l’égalité filles-garçons soit toujours respectée.

Comment le jeu accompagne-t-il les apprentissages ?

J. G. : Les jeux accompagnent l’apprentissage, mais en aucun cas ils ne peuvent se substituer aux phases d’exploration et de construction de nouvelles compétences. Les jeux qui sont liés aux apprentissages scolaires (lire, écrire, compter) ont deux fonctions : en début d’apprentissage, ils permettent d’abord de découvrir des notions ; et, en fin d’apprentissage, ils permettent de s’entraîner à les utiliser. Par exemple, un enfant qui a appris à compter jusqu’à six va être invité à jouer avec un dé (un jeu de plateau, par exemple). Mais l’avantage du jeu tient surtout dans le fait que, lorsqu’un enfant joue, il est entièrement engagé dans le jeu. Or, pour qu’il y ait apprentissage, il faut qu’il y ait un engagement de l’enfant. Ainsi, le jeu donne-t-il du sens à l’activité proposée.

Quelles sont les limites du jeu dans le cadre scolaire ?

J. G. : Il est très important de ne pas leurrer l’enfant. Jouer ne suffit pas pour acquérir des connaissances ! On peut jouer avec les apprentissages, mais il doit y avoir un moment d’explication. Car l’enfant doit avoir conscience de ce qu’il sait pour pouvoir aller plus loin… L’enseignant doit se méfier des « faux jeux » : les activités scolaires déguisées en jeux. En somme, dans le cadre des apprentissages, pour qu’il y ait jeu, il faut quatre conditions : l’enfant ne doit pas être dans une tâche d’exécution pure (il doit avoir une marge d’action) ; le jeu doit laisser une place au hasard (les dés, par exemple, sont aléatoires) ; l’enfant doit développer des stratégies (faire des choix) ; et le jeu doit avoir un but connu (il a un début et une fin).

Quelle est la place de l’enseignant dans ces jeux ?

J. G. : L’enseignant doit travailler avec toute la gamme de jeux disponible. Parfois, il laisse l’enfant complètement libre et, parfois, il se fait plus présent dans la distribution des rôles, dans la définition des règles… Il agit en fonction de ce qu’il observe, des capacités que les enfants mettent en avant. Quand l’enfant commence à être assez à l’aise pour s’approprier le but du jeu et développer ses propres stratégies, l’enseignant va le laisser jouer seul, avec ses pairs : c’est ainsi que les enfants avancent vers l’autonomie.

Les jeux pratiqués à l’école sont-ils très différents de ceux de la maison ?

J. G. : La condition du jeu n’est pas la même : à l’école, on joue avec ses pairs et avec un adulte autre qu’un parent, qui est là pour aider à grandir. Or, il est très important, pour l’équilibre du futur adulte, de grandir en relation avec les autres. En cela, le jeu est très important et l’école maternelle a un rôle irremplaçable, complémentaire de tout ce qui se passe à la maison. D’ailleurs, l’inspection générale trouve que, globalement, on ne joue pas assez à l’école maternelle !

Propos recueillis par Camille Moreau

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