Les légendes de l’enfance

Toupie, les légendes de l'enfanceLa magie de l’enfance repose sur des personnages légendaires : le père Noël – qui a beaucoup de travail en ce moment – mais aussi le lapin de Pâques, le marchand de sable, la petite souris… D’où viennent ces héros qui font tant rêver nos enfants ? Toupie a mené l’enquête !

 

Père Noël : le fruit d’une longue évolution

Le père Noël tel qu’on le connaît aujourd’hui est un « petit nouveau ». En Europe, il est la star du 25 décembre depuis les années 1950 seulement. Avant lui, les enfants n’étaient pas pour autant privés de cadeaux. D’autres personnages se chargeaient de leur en offrir. L’antique dieu germanique Odin, par exemple, est l’un des premiers réputés distribuer cadeaux et sucreries au solstice d’hiver. Barbu certes, mais aussi borgne, vêtu d’un manteau bleu et chassant sur son cheval volant à huit pattes, Odin est encore loin du père Noël !

Avec la diffusion du christianisme en Europe médiévale, saint Nicolas s’impose à son tour comme protecteur des enfants, avec sa barbe blanche, sa cape rouge, sa crosse et sa mitre. Cet évêque, mort vers 345 dans le Sud de l’actuelle Turquie, brille pour les miracles qu’il aurait accomplis (il aurait ressuscité des enfants tués par un aubergiste). Il est célébré le 6 décembre, surtout en Europe du Nord et de l’Est, à partir du 11e siècle. Chaque année, il descend du ciel sur son âne blanc et, comme Odin, il se glisse dans les cheminées pour distribuer des cadeaux aux enfants sages.

De l’évêque austère au vieil homme jovial

Au 17e siècle, les Hollandais qui migrent vers l’Amérique emportent dans leurs valises le mythe de saint Nicolas, ou plutôt de Sinterklaas, comme on dit en néerlandais. Il faut ensuite attendre près de deux siècles avant que le saint, maigre et austère, inspire des écrivains américains et devienne le célèbre Santa Claus. En 1823, Clement Clarke Moore écrit The Night before Christmas. Ce poème réinvente saint Nicolas en un lutin dodu, voyageant à bord d’un traîneau tiré par huit rennes pour distribuer des cadeaux aux enfants, pendant la nuit de Noël. Le dessinateur Robert Weir représente pour la première fois un Santa Claus en costume rouge et blanc en 1838.

La nouvelle apparence du personnage pousse alors les marques – Waterman, Michelin, Colgate – à s’en emparer. En 1931, Coca-Cola charge l’illustrateur Haddon Sundblom de trouver une mascotte rouge et blanche. Il choisit Santa Claus et lui donne l’apparence d’un vieil homme jovial et bedonnant. L’image se répand rapidement aux États-Unis, puis dans le monde entier, malgré la défiance de l’Église catholique de l’époque. Le bonhomme à barbe blanche arrive en Europe, où il est appelé père Noël, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il s’installe d’abord dans les vitrines des grands magasins parisiens (qui ont vite compris son potentiel de séduction auprès des enfants), puis au sein des foyers.

 

Petite souris : l’héroïne d’un conte

En France, en Espagne et en Amérique latine, quand les enfants perdent leurs dents de lait et qu’ils les déposent sous leur oreiller, on dit qu’une petite souris magique vient les échanger contre une pièce de monnaie. En Allemagne et en Amérique du Nord, ce serait la fée des dents. Une drôle d’idée qui vient probablement d’un conte français du 17e siècle, La Bonne Petite Souris, de Madame d’Aulnoy. L’histoire y est bien différente de la légende d’aujourd’hui. Il s’agit d’une fée qui se transforme en souris pour venir en aide à une reine. Elle se cache sous l’oreiller du méchant roi et lui dévore le visage et l’intérieur de la bouche, faisant tomber toutes ses dents. Heureusement qu’avec le temps la petite souris a bien évolué !

 

Marchand de sable : l’incarnation d’une expression

Le marchand de sable, qui jette du sable dans les yeux des enfants pour qu’ils s’endorment, s’est lui aussi beaucoup adouci au fil du temps. Son origine remonte à 1815, quand Ernst Theodor Amadeus Hoffman écrit une nouvelle intitulée L’Homme au sable. Pour son personnage, il s’inspire de l’elfe Ferme-l’Œil du conte de Hans Christian Andersen, combiné avec l’expression du 18e siècle « avoir du sable dans les yeux » (qui signifie « avoir sommeil »). Il imagine alors un homme méchant punissant les enfants qui ne veulent pas aller au lit en leur jetant du sable et en leur volant leurs yeux pour que ses propres enfants les dévorent ! Au milieu du 20e siècle, un nouveau marchand de sable apparaît… dans un tout autre registre : c’est celui de « Bonne nuit, les petits ! ». La célèbre émission va vite faire de lui une star de la télévision allemande et française.

 

Lapin de Pâques : le symbole du printemps

À l’origine du lapin de Pâques, on trouve une tradition germanique très ancienne ! En Allemagne préchrétienne, le lièvre et le lapin symbolisent à la fois le renouveau, l’abondance et la fertilité. Ils accompagnent alors la déesse païenne Eostre, célébrée par un festin au mois d’avril. Quand la fête de Pâques s’institutionnalise, ils se mettent peu à peu à rivaliser avec les cloches chrétiennes pour distribuer du chocolat aux enfants. On trouve la première mention écrite du lapin de Pâques dans De ovis paschalibus (1682), un ouvrage du professeur de médecine allemand Georg Franck von Frankenau, où il raconte que le lapin est chargé, au début du printemps, de juger si les enfants sont assez obéissants. L’idée que le lapin apporte des œufs viendrait peut-être de cette petite histoire : une mère trop pauvre pour acheter du chocolat à ses enfants pour Pâques décide de décorer les œufs de sa ferme et de les cacher dans le jardin. Partis à la chasse aux œufs, les enfants croisent un lapin et se persuadent que c’est lui qui les a pondus !

 

Croquemitaine : l’épouvantail des bourgeois

Au lieu de faire rêver nos enfants, certains personnages les font plutôt trembler. C’est le cas du terrible Croquemitaine, apparu au début du 19e siècle. Son nom signifie « mangeur de chats ». On le décrit comme un ogre (parfois comme le fils de Gargantua) au dos voûté, aux mains crochues et aux yeux rouges, fouettant les enfants pas sages et les enfermant dans un cachot. À l’époque, cet épouvantail est surtout utilisé dans la petite bourgeoisie parisienne. À la campagne, c’est la menace du père Fouettard qui plane. Les pédagogues du 18e siècle, dans les écoles jésuites et chrétiennes, l’invoquent pour faire obéir les enfants. Mais il pourrait avoir des origines plus anciennes : en effet, il serait peut-être une caricature de Charles Quint, un roi d’Espagne en guerre contre la France au 16e siècle.

 

De la « menace » au rêve…

Les légendes de l’enfance sont issues de croyances païennes très anciennes ou de fictions plus modernes. Il y a quelques siècles encore, elles servaient à faire peur aux enfants « pas sages » et à les faire obéir. Aujourd’hui, on les raconte surtout pour alimenter leur imaginaire. D’ailleurs, les figures les plus terrifiantes se sont largement adoucies – ou ont même quasiment disparu – et les héros font désormais plaisir à tous les enfants, et non plus seulement aux plus obéissants. Tant mieux ! Un jour viendra toutefois où votre enfant se posera des questions et doutera. Préparez-vous à répondre, sans mentir mais aussi sans (trop) décevoir… Mission impossible ? Non. Si vous l’accompagnez dans son questionnement, en lui demandant par exemple ce qui le fait douter, votre enfant trouvera ses réponses lui-même. Et il sera bientôt fier de faire partie des « initiés » !

 

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