Mauvais gagnants, mauvais perdants : le plaisir de participer

Pleurs, colères, refus de participer au jeu… certains enfants n’acceptent pas de perdre. Souvent incompris, leur chagrin est pourtant bien réel. D’où vient-il ? Et comment le dépasser pour retrouver le plaisir de jouer ? Le point avec Josette Hospital, responsable de la ludothèque de Blagnac (31) et présidente de l’ALF (Association des ludothèques françaises).

1/ Comment reconnaît-on un enfant mauvais perdant ?

Josette Hospital : À son comportement. Il a du mal à se contrôler quand il perd, jette ses cartes, perturbe le jeu. Il peut par exemple faire bouger le plateau. Les pions et les éléments se mélangent, la partie étant automatiquement interrompue. Il n’y a ni gagnant ni perdant. C’est ce que le mauvais perdant recherche. Il a peur d’affronter l’échec, il le devance donc et choisit la facilité. Mais ne doute-t-il pas tout simplement de ses capacités ?

2/ Est-on mauvais perdant ou le devient-on suite à de mauvaises expériences ?

J. H. : Doit-on nécessairement être bon ou mauvais perdant ? L’enfant de 3-4 ans n’aime pas perdre. Il est encore dans l’imaginaire, dans ce que nous appelons le jeu symbolique, où son plaisir est de mettre en action des personnages, de se raconter des histoires. Se soumettre à une règle et appliquer une stratégie pour gagner demande une certaine maturité qui arrivera avec l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Mais, aujourd’hui, les enfants n’ont plus le temps de jouer avec des jeux de leur âge. Les parents et la société veulent en faire des petites bêtes savantes en faisant fi des rythmes du développement de l’enfant. Résultat, tout le monde est perdant : l’enfant ne veut plus jouer et les parents sont déçus.

3/ Que faire quand l’enfant décide de ne plus jamais jouer ?

J. H. : Tout dépend de l’âge de l’enfant. S’il a 3-4 ans, il faut attendre qu’il grandisse et réessayer un peu plus tard. S’il a 7-8 ans ou plus, on peut choisir les jeux de hasard ou les jeux de coopération, qui associent tous les joueurs pour lutter contre un ennemi commun. Résultat : l’enfant n’est plus en échec. Un enfant n’arrête jamais définitivement de jouer. À l’adulte de trouver le bon jeu et le bon moment ! Tout est une question de dosage et de patience. Il ne faut jamais insister car le jeu doit avant tout procurer du plaisir à l’enfant.

5/ Il y a aussi des mauvais gagnants… Comment leur faire comprendre que ce n’est pas plus acceptable que d’être mauvais perdant ?

J. H. : Le mauvais gagnant ou le mauvais perdant expriment l’un comme l’autre une certaine difficulté à exister, un besoin de reconnaissance. Le premier veut montrer sa supériorité, le second veut masquer ses faiblesses. L’adulte doit être vigilant face à ce genre de comportement et apprendre à laisser un peu de place aux autres joueurs en les laissant gagner. Mais, une fois encore, tout dépend de l’âge de l’enfant, d’où l’importance du choix du jeu.

6/ Les mauvais perdants sont souvent également de mauvais joueurs… Que faire si l’enfant triche ?

J. H. : L’enfant comme l’adulte peut tricher pour plusieurs raisons : par maladresse, pour gagner, pour laisser gagner, pour le plaisir immédiat, par peur d’incompréhension de la règle, pour défier la règle, par peur de perdre la face, pour montrer sa ruse, pour défier l’autorité.

Dans un cas comme dans l’autre, il ne faut pas perdre de vue que le tricheur est un enfant intelligent. Il ne faut ni réagir ni dénoncer le tricheur devant les autres pour ne pas ébranler son estime de soi et le soumettre au jugement de ses pairs. Il faut agir en aparté tout en faisant un rappel de la règle, lui faire comprendre que tricher est un moyen déloyal de gagner. Une fois de plus, on peut contourner le problème en proposant des jeux de hasard ou des jeux de coopération.

En tout état de cause, il faut aider l’enfant à avoir confiance en lui.

 

Propos recueillis par Paule Battault

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