Mon enfant est maladroit

Il se cogne, a du mal à s’habiller, n’arrive pas à shooter dans un ballon… Décidément, vous trouvez que votre petit n’est pas très dégourdi ! Alors, que faire pour l’aider à progresser ? Y a-t-il des raisons de s’inquiéter ? Entretien avec Alexandrine Saint-Cast, psychomotricienne DE, membre de la FFP (Fédération française des psychomotriciens) et de l’ARDP (Association pour la recherche et le développement psychomoteur).

À quoi est due la maladresse d’un enfant ?

Alexandrine Saint-Cast : En premier lieu, je trouve important de parler de manque d’épanouissement corporel plutôt que de maladresse. Ensuite, le développement moteur varie beaucoup d’un enfant à un autre. Le repère des âges est certes important, il ne faut pas non plus se focaliser dessus. Il faut garder à l’esprit que tout apprentissage moteur demande du temps, de l’entraînement, la maîtrise de son corps et un bon repérage dans l’espace et dans le temps. Un enfant aura notamment les bons gestes lorsque sa force musculaire y sera adaptée. Mais si un certain nombre d’enfants sont perdus dans l’espace, dans le temps, dans leur corps, c’est qu’on leur demande trop de choses, trop vite. Actuellement, un phénomène a aussi tendance à se généraliser : de plus en plus d’enfants sont laissés en poussette jusqu’à 4, voire 5 ans. Or, un enfant qui reste en poussette devient passif. Il n’apprend pas à utiliser son corps, il développe moins vite son équilibre, sa musculature. D’où, parfois, ce manque d’épanouissement corporel. Et puis, l’intérêt de marcher, et de marcher longtemps, c’est d’apprendre le goût de l’effort continu !

Comment aider son enfant à pallier les difficultés qu’il peut rencontrer ?

A. S.-C. : Avant toute chose, on évite de dire à son enfant qu’il est maladroit et d’en parler devant d’autres adultes. On évite également de faire à sa place. Entre 3 et 6 ans, un enfant est encore en train d’apprendre, il faut donc lui laisser du temps, le laisser faire, refaire et, si besoin, lui réexpliquer les choses. Ensuite, si l’on sent qu’il n’est pas très à l’aise dans un domaine ou un autre, on peut essayer de l’y exercer, en gardant à l’esprit que cela doit rester ludique : on instaure des petits jeux ou des comptines au moment de l’habillage ou du bain afin de lui apprendre les différentes parties du corps, lui permettre de repérer le haut, le bas, le devant, le derrière en utilisant ce vocabulaire au quotidien. Les activités favorisant la marche, la course, le saut, les activités de motricité fines comme le bricolage, le vélo, les jeux de ballon… tout ceci participe également d’un bon développement. L’important reste de favoriser l’épanouissement gestuel et moteur de son enfant sans jamais occulter la dimension affective et émotionnelle.

À quoi sert un bilan psychomoteur ?

A. S.-C. : Si les parents ont le sentiment que leur enfant ne profite pas complètement des activités du quotidien ou qu’il n’est pas complètement épanoui dans son expression corporelle, il ne faut pas hésiter à en parler au médecin. En général, c’est l’accumulation de signes qui peut être ennuyeuse : l’enfant déchire ses dessins, n’arrive pas à jouer au ballon comme les autres, n’arrive pas à faire du vélo, est ronchon, pleure en arrivant à l’école. Dans ce cas et après avis médical, un bilan psychomoteur pourra être prescrit. Le bilan psychomoteur permet de renseigner sur le niveau de développement de l’enfant : on compare ce qu’il est capable de faire avec ce que font les autres enfants du même âge (c’est-à-dire ce qu’on appelle « la norme »). On se penche également sur le vécu de l’enfant, sur le rôle de son émotivité, afin de voir s’ils peuvent être liés à une gêne quant à la manière dont l’enfant se perçoit et se situe dans son environnement. Au final, mieux vaut une consultation pour rien plutôt que de passer à côté de quelque chose de plus sérieux.

On entend parfois parler de dyspraxie. Qu’est-ce donc ?

A. S.-C. : La dyspraxie est un trouble net qui touche les différentes composantes du geste. Elle peut par exemple être liée à des difficultés à se représenter mentalement le geste, à un ajustement moteur… C’est un diagnostique très particulier, que l’on ne peut en général pas poser avant l’âge de 6 ans. Les vrais dyspraxiques restent rares.

Propos recueillis par Delphine Soury

Publié le